Le mal-logement touche aujourd’hui près d’un million de Français, parmi lesquels une tranche alarmante d’environ 600 000 personnes sont contraintes de vivre chez des proches, souvent dans des conditions précaires et instables. Ce phénomène, bien que de plus en plus répandu, demeure peu visible aux yeux de la société et des décideurs publics. Ce rapport met ainsi en lumière une forme insidieuse du mal-logement : la cohabitation forcée, révélatrice d’une crise profonde du logement en France. La précarité qui en résulte engendre une dépendance économique et émotionnelle difficile à surmonter, ainsi que des risques accrus d’abus et de maltraitance. Le contexte de pénurie pour accéder aux logements sociaux, conjugué à une augmentation significative des expulsions, aggrave cette situation délicate. Face à ce constat, les autorités planifient la construction de millions de logements dans la décennie, mais les défis restent colossaux.
En bref :
- 🏠 Près de 600 000 personnes vivent contraintement en cohabitation chez des proches, un visage souvent ignoré du mal-logement.
- 📈 Une augmentation de 15% de la cohabitation forcée est constatée depuis 2013.
- 🚫 Les expulsions locatives ont bondi de 50% entre 2022 et 2024, contribuant à l’augmentation des sans-abri.
- 🏘️ 2,9 millions de Français attendent un logement social, avec des chances d’obtention plus faibles que jamais.
- 📊 Besoin urgent de construction : 400 000 logements neufs par an pendant dix ans pour résorber la crise.
- 👨👩👧👦 La solidarité familiale est souvent la dernière bouée de sauvetage dans cette précarité.
Les mécanismes invisibles de la cohabitation forcée dans le contexte du mal-logement
La cohabitation forcée, qui concerne près de 600 000 personnes en France, représente une facette méconnue du mal-logement et souligne la complexité de la crise du logement. Souvent, ces personnes ne bénéficient pas d’un logement à leur nom et doivent vivre chez des membres de leur famille, des amis ou d’autres proches. Cette forme de logement précaire s’exprime par des « arrangements » très variés. Certaines cohabitations s’appuient sur la solidarité familiale ou amicale, quand d’autres relèvent de sous-locations informelles, voire d’échanges de services en contrepartie de l’hébergement. Ces situations sont caractérisées par des conditions souvent difficiles à vivre pour l’hébergé et le logeur.
Cette précarité a plusieurs dimensions. D’un côté, les personnes hébergées sont généralement en situation financière fragile, ce qui accentue leur dépendance vis-à-vis de l’hébergeur. Elles peuvent ainsi être exposées à des formes d’abus psychologiques, voire physiques. De l’autre, l’hébergeur, souvent lui-même confronté à des difficultés économiques et sociales, supporte une charge importante qui peut peser sur les relations.
Il importe de souligner que la cohabitation forcée n’est pas simplement une question de manque d’espace, mais bien un symptôme d’un système de logement défaillant. Cette invisibilité sociale et administrative masque la portée réelle du mal-logement en France. Ainsi, ces personnes ne sont pas comptabilisées dans les statistiques officielles des sans-abri, mais vivent malgré tout sans sécurité d’un logement stable et indépendant.
Variations dans les modalités d’hébergement chez autrui
Le rapport de la Fondation pour le logement dévoile la diversité des formes que peut prendre l’hébergement contraint :
- 👨👩👧👦 Hébergement chez des membres de la famille proche (parents, grands-parents, fratrie) avec nécessité de partager espace et ressources.
- 🏠 Cohabitation avec des amis ou d’autres proches sans lien familial, souvent due à un coup dur économique.
- 💼 Hébergement en échange de services rendus, comme s’occuper d’une personne âgée ou de tâches ménagères.
- 💰 Sous-location informelle, parfois onéreuse, sans sécurité juridique ni contrat.
La majorité de ces hébergements se caractérisent par une forme d’instabilité et un manque d’autonomie fondamentale. Ces situations, par leur nature délicate, échappent souvent à toute forme de soutien institutionnel ou de politique publique adaptée.
La montée des expulsions locatives et ses conséquences sur la précarité des Français
Entre 2022 et 2024, la France a connu une augmentation spectaculaire de 50 % des expulsions locatives, une tendance qui s’explique notamment par la mise en œuvre de la loi Kasbarian-Bergé, parfois appelée la loi « anti-squat ». Ce texte, destiné à protéger les propriétaires contre les occupations abusives, a eu pour effet secondaire un accroissement du nombre d’expulsions, aggravant la situation des ménages les plus fragiles.
Cette hausse des expulsions nourrit directement la croissance des populations sans domicile fixe et celles contraintes à des hébergements précaires. En 2025, on dénombrait environ 350 000 personnes sans domicile personnel, un nombre qui a plus que doublé en une décennie. Parmi elles, 40 000 sont officiellement sans-abri, souvent confrontés à des conditions de vie extrêmement difficiles, comme celles observées lors des grands froids récents dans des régions comme les Hauts-de-France.
Les expulsions créent un effet domino : une fois privé de son logement, l’individu doit s’appuyer sur des circuits informels d’hébergement, ce qui alimente la cohabitation forcée et la précarité. Cette instabilité se répercute aussi sur la santé physique et mentale, renforçant cycles d’exclusion et d’appauvrissement.
Selon un article d’actualité, la mortalité chez les sans-abri augmente d’année en année, avec plus de 900 décès signalés récemment en France, illustrant tragiquement l’extrême vulnérabilité de ces populations source. Ces statistiques révèlent l’impact démultiplié d’une crise du logement mal maîtrisée dans le pays.
La pénurie de logements sociaux : une attente porteuse de tensions
Parallèlement à la montée des hébergements précaires et des expulsions, la demande en logements sociaux explose en France. Environ 2,9 millions de Français figurent désormais sur les listes d’attente pour obtenir un logement social, ce qui constitue un record historique, amplifiant le désarroi des personnes vulnérables face à l’accessibilité du logement.
Cette situation est exacerbée par la faible rotation dans le parc social, conséquence directe du blocage du secteur et de la rigidité des politiques habitatives. Les délais d’attente pour une attribution peuvent s’étendre sur plusieurs années, ce qui contraint les ménages à prolonger leur residence en cohabitation ou à vivre dans des logements insalubres.
| 📊 Type de logement | 👥 Nombre de personnes concernées | ⏳ Délai moyen d’attente | ⚠️ Impact principal |
|---|---|---|---|
| Logement social | 2,9 millions | plus de 3 ans | accroissement de la précarité et cohabitations forcées |
| Hébergement précaire (onu, squat, hôtel) | 350 000 | variable | instabilité et absence de sécurité |
| Logement chez un tiers contraint | 590 000 | non applicable | dépendance, abus, précarité accrue |
Plusieurs experts et acteurs du secteur insistent sur l’urgence de la construction massive de nouveaux logements pour inverser cette tendance. Selon les prévisions, il faudrait produire annuellement 400 000 logements neufs pendant dix ans pour venir à bout des pénuries actuelles.
Les initiatives et perspectives pour lutter contre le mal-logement et la précarité
Face à cette situation alarmante, le gouvernement a présenté fin janvier un plan ambitieux visant à construire deux millions de logements d’ici à 2030. Cette réponse cherche à répondre à la pression persistante sur le secteur immobilier et à offrir des solutions pérennes aux personnes vulnérables.
Emmanuel Cosse, ancienne ministre du Logement et actuelle présidente de l’Union sociale de l’habitat, estime cette promesse « réaliste », soulignant cependant qu’il faudra veiller à ce que cette production soit qualitative, accessible et bien répartie territorialement. La construction massive seule ne suffira pas à enrayer la montée du mal-logement ni les situations de cohabitation forcée. Il s’agit également de développer des politiques d’accompagnement social, de prévention des expulsions et d’amélioration des conditions dans le parc privé.
Des associations ont aussi lancé des recours juridiques pour inciter l’État à honorer ses obligations en matière de droit au logement. Ces démarches rappellent que le mal-logement est un enjeu humain et social majeur nécessitant une mobilisation globale et coordonnée.
- 🏗️ Accélération et diversification de la construction de logements sociaux et intermédiaires.
- 🤝 Renforcement des dispositifs d’accompagnement et de soutien aux personnes sans domicile et en hébergement précaire.
- ⚖️ Recours juridiques pour défendre le droit au logement et responsabiliser les pouvoirs publics.
- 🌐 Sensibilisation à la précarité invisible et aux abus dans les cohabitations forcées.
- 💡 Innovations dans les modes d’habitation pour favoriser l’autonomie et limiter la dépendance.
Impacts sociaux et psychologiques du mal-logement et de la précarité chez les personnes hébergées
La cohabitation forcée ne se limite pas à une difficulté matérielle. Cette situation génère un profond mal-être qui affecte aussi bien la personne hébergée que celle qui l’accueille. Le rapport insiste sur les conséquences psychologiques très lourdes :
- 🧠 Sentiment d’insécurité et d’instabilité, fortement anxiogène pour les hébergés.
- 😞 Perte d’autonomie et réduction des capacités d’émancipation sociale.
- 💔 Risques accrus de maltraitance physique, sexuelle et psychologique dans des contextes de dépendance.
- 🤯 Fracture dans les rapports sociaux et familiaux, engendrant isolement et tensions.
Dans un contexte de haute précarité, les personnes contraintes à la cohabitation subissent souvent une double stigmatisation : d’un côté, la société ne reconnaît pas pleinement leurs difficultés, d’un autre côté, les proches qui les hébergent peuvent parfois se sentir démunis face à leur propre faible capacité d’aide. Cette dynamique rend la sortie du mal-logement particulièrement complexe.
Pour illustrer, prenons l’exemple de Camille, une jeune femme qui a perdu son emploi et doit vivre chez sa mère dans un appartement exigu, sans possibilité de créer un espace personnel. Cette promiscuité engendre des conflits réguliers et un isolement psychologique qui fragilise sa santé mentale. Elle refuse toutefois de rejoindre le centre d’hébergement faute de mieux, préférant un « chez soi » même fragile, à l’abandon total dans la rue.
La question reste donc de savoir comment concilier solidarité familiale et droits fondamentaux à un logement digne, tout en apportant un soutien adapté aux populations vulnérables.
Qu’est-ce que la cohabitation forcée dans le cadre du mal-logement ?
Il s’agit de la situation où des personnes, faute de logement indépendant, vivent de manière contrainte chez des proches, souvent dans des conditions précaires et sans réel espace personnel.
Pourquoi le nombre de personnes sans logement stable augmente-t-il ?
La pénurie de logements sociaux, l’augmentation des expulsions et la crise économique contribuent à une hausse des personnes sans domicile ou contraintes à des hébergements précaires.
Quels sont les risques liés à l’hébergement chez un tiers ?
Outre la précarité matérielle, cette situation expose souvent les individus à des risques d’abus, de maltraitance, et engendre une forte dépendance psychologique et financière.
Que prévoit le plan logement présenté par le gouvernement ?
Le plan prévoit la construction de deux millions de logements d’ici à 2030, renforçant l’offre de logements sociaux pour tenter de résorber la crise du logement.
Comment la société peut-elle mieux soutenir les personnes en cohabitation forcée ?
En renforçant les dispositifs sociaux, en améliorant l’accès au logement, et en sensibilisant sur la précarité invisible qu’engendrent ces situations.