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Santé

Covid-19: un impact plus important dans les quartiers pauvres

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Covid-19: un impact plus important dans les quartiers pauvres

Il n’y a pas que l’âge et l’état de santé qui influencent l’impact de la pandémie du Covid-19. La situation socio-économique a aussi son importance. Les foyers d’infection affectent en effet plus sévèrement les quartiers défavorisés que les zones plus aisées, prouve une étude scientifique des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), de l’Université de Genève et de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). Cela après l’analyse de données recueillies durant la première vague de Covid-19 au printemps 2020 à Genève. Les chercheurs ont en effet étudié 3355 cas testés positifs entre le 26 février et le 30 avril 2020 dans le canton du bout du lac.

Ces constats devraient permettre de guider des actions de santé publique, explique le professeur Idris Guessous, médecin-chef du Service de médecine de premier recours des HUG, qui a dirigé l’étude. Interview.

Comment êtes-vous arrivés à cette conclusion?

Idris Guessous: Nous nous sommes intéressés à la vie des «clusters» et avons analysé les corrélations spatiales. En compilant les données des tests positifs récoltées au printemps, nous avons pu observer la naissance et l’évolution de ces foyers d’infection. Nous avons ainsi pu regarder ce qui influence leur développement, notamment en fonction de l’indice de précarité du quartier. Et nous avons constaté que dans les zones plus défavorisées, souvent à plus forte densité, les clusters durent deux à trois fois plus longtemps que dans les quartiers plus aisés, car il y est sans doute plus dur d’interrompre la chaîne de contamination. Et cela ne concerne pas uniquement deux ou trois grands quartiers. Avec les données dont nous disposons, nous avons pu réaliser des observations très fines sur des petites zones de différents quartiers en y analysant le niveau de revenu, le prix des loyers, le taux de chômage, etc. Comme nous l’avions déjà fait il y a quelques années avec la question de l’obésité, nous constatons une fois de plus à quel point l’environnement socio-économique a un impact sur la santé.

Comment l’expliquez-vous dans le cas du coronavirus?

Dans le cas de l’épidémie de Covid, l’architecture, l’organisation sociale et les moyens dont les gens disposent font varier les capacités à mettre en place la distanciation, le télétravail ou les activités en plein air par exemple. L’isolement des malades ou le respect des mesures de quarantaine sont en effet plus faciles dans certains types de logement ou de quartier que dans d’autres, qui ont sans doute des caractéristiques qui favorisent la transmission du virus.

Qu’apportent ces analyses géographiques aux professionnels de la santé?

Dans le laboratoire GIRAPH, que je codirige, nous avons travaillé jusqu’ici de manière rétroactive en analysant les données du printemps dernier pour établir des schémas. Cela afin de permettre par la suite d’agir de manière prospective, pour pouvoir intervenir plus tôt lors de l’apparition d’un nouveau cluster avec des actions de santé populationnelle de précision. C’est d’autant plus important de repérer au plus tôt les risques pour pouvoir agir que dans les quartiers défavorisés, les habitants souffrent plus de problèmes de santé qui les rendent fragiles face au Covid, tels que l’obésité, l’hypertension ou le diabète. Dans ces zones, les éléments à risque sont ainsi cumulés.

Quelles actions peuvent-elles être mises en place?

Nous sommes à bout touchant pour pouvoir mettre en route un système d’alerte qui nous permettra d’observer très tôt l’apparition des foyers d’infection. Il s’agira ensuite de vérifier les données et d’analyser sur le terrain les conditions logistiques du quartier. Il faudra étudier si elles permettent aux personnes contaminées ou contact de suivre les consignes. Est-ce qu’il y a suffisamment de possibilités de livraisons à domicile par exemple? Car il faut absolument éviter que les malades sans solution n’exposent leurs voisins en allant au supermarché ou à l’épicerie chercher de quoi manger. Les personnes testées positives ont-elles des possibilités de s’isoler efficacement? Dans le cas contraire, il faut pouvoir mettre en place des solutions d’hébergement adéquates. Il s’agit de pouvoir mettre en place des actions de santé publique, des interventions non pharmacologiques qui permettent de contenir la progression de la maladie.

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